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De la figure à l’espace : vers une mémoire silencieuse

1 — La figure comme archive vivante

Mon travail s’est d’abord construit

Portrait d’un homme âgé et d’une jeune femme vêtus de costumes floraux orange et rose, posant devant un décor aux grandes fleurs rouges. Portrait of an elderly man and a young woman wearing orange and pink floral outfits, posed in front of large red flowers. © LAURIE CARTOON

autour du portrait, notamment dans la série Portraits de Famille – Rémanences.
Visages frontaux, figures suspendues, identités recomposées : j’utilise les codes du photographique pour fabriquer des présences qui n’ont jamais existé.

Ces personnages ne documentent pas le réel.
Ils en proposent une reconstruction.

À travers eux, j’explore la mémoire artificielle, la transmission, la construction d’une identité à l’ère des technologies génératives. L’image devient une archive possible — une mémoire inventée mais crédible.


2 — La tension du visible

Dans ces portraits, la couleur agit comme une intensité émotionnelle.
Elle amplifie la présence, souligne la fragilité, crée une tension entre surface et profondeur.

L’IA n’est pas un automatisme mais un outil de recherche visuelle.
Le travail commence dans la sélection, la composition, la retouche et la mise en équilibre des éléments.

Je fabrique des images qui empruntent au réel pour mieux questionner sa construction.

Triptyque numérique représentant des silhouettes humaines alignées sur des fonds colorés rouge, bleu, jaune et vert, symbolisant le temps et le rythme à travers la couleur. Digital triptych showing human silhouettes aligned on red, blue, yellow, and green backgrounds, symbolizing time and rhythm through color.


3 — L’effacement progressif

Depuis quelques années, la figure se raréfie.
Elle devient silhouette.
Puis absence.

Les espaces prennent le relais : architectures portuaires, cabines téléphoniques, couloirs, façades silencieuses, comme dans la série Architecture du Silence 

Ce déplacement n’est pas une rupture mais une continuité.
Là où le portrait interrogeait la mémoire intime, l’espace explore une mémoire collective.
Ce sont des lieux chargés d’empreintes humaines, mais vidés de présence.

Cabines téléphoniques rouges posées dans un lieu industriel en ruine. Red telephone boxes placed in a ruined industrial area.


4 — Le silence comme territoire

Aujourd’hui, mon travail se situe dans cette zone intermédiaire :
entre présence et disparition,
entre mémoire individuelle et mémoire architecturale.

La figure et l’espace dialoguent.
L’un porte la trace du vivant, l’autre la trace du temps.

Je ne cherche pas à représenter le monde, mais à créer des images suspendues — des seuils où le regard hésite, où la narration reste ouverte.

C’est dans cet interstice que se construit désormais ma recherche.


5 — Vers une traversée de l’image

Les recherches récentes prolongent ce déplacement vers l’espace en explorant des formes plus immersives et perceptives.

À travers des séries comme Zones de latence, l’image devient un lieu de passage :
un espace structuré où la profondeur, la répétition et la couleur construisent une expérience mentale.

Ces environnements ne représentent pas des lieux réels.
Ils proposent des architectures intérieures, des seuils visuels où la perception se transforme.

Le regard n’est plus face à une image, mais engagé dans une traversée.
Plus on avance, plus les repères se dissolvent, jusqu’à atteindre une zone limite, proche du vide.

Tunnel architectural minimaliste avec perspective centrale, reflets d’eau et tonalités cyan et rouges dans une ambiance contemplative. Minimalist architectural tunnel with central perspective, water reflections and cyan-red tones in a contemplative atmosphere.