De la figure à l’espace : vers une mémoire silencieuse
1 — La figure comme archive vivante
Mon travail s’est d’abord construit

autour du portrait, notamment dans la série Portraits de Famille – Rémanences.
Visages frontaux, figures suspendues, identités recomposées : j’utilise les codes du photographique pour fabriquer des présences qui n’ont jamais existé.
Ces personnages ne documentent pas le réel.
Ils en proposent une reconstruction.
À travers eux, j’explore la mémoire artificielle, la transmission, la construction d’une identité à l’ère des technologies génératives. L’image devient une archive possible — une mémoire inventée mais crédible.
2 — La tension du visible
Dans ces portraits, la couleur agit comme une intensité émotionnelle.
Elle amplifie la présence, souligne la fragilité, crée une tension entre surface et profondeur.
L’IA n’est pas un automatisme mais un outil de recherche visuelle.
Le travail commence dans la sélection, la composition, la retouche et la mise en équilibre des éléments.
Je fabrique des images qui empruntent au réel pour mieux questionner sa construction.

3 — L’effacement progressif
Depuis quelques années, la figure se raréfie.
Elle devient silhouette.
Puis absence.
Les espaces prennent le relais : architectures portuaires, cabines téléphoniques, couloirs, façades silencieuses, comme dans la série Architecture du Silence
Ce déplacement n’est pas une rupture mais une continuité.
Là où le portrait interrogeait la mémoire intime, l’espace explore une mémoire collective.
Ce sont des lieux chargés d’empreintes humaines, mais vidés de présence.

4 — Le silence comme territoire
Aujourd’hui, mon travail se situe dans cette zone intermédiaire :
entre présence et disparition,
entre mémoire individuelle et mémoire architecturale.
La figure et l’espace dialoguent.
L’un porte la trace du vivant, l’autre la trace du temps.
Je ne cherche pas à représenter le monde, mais à créer des images suspendues — des seuils où le regard hésite, où la narration reste ouverte.
C’est dans cet interstice que se construit désormais ma recherche.

5 — Vers une traversée de l’image
Les recherches récentes prolongent ce déplacement vers l’espace en explorant des formes plus immersives et perceptives.
À travers des séries comme Zones de latence, l’image devient un lieu de passage :
un espace structuré où la profondeur, la répétition et la couleur construisent une expérience mentale.
Ces environnements ne représentent pas des lieux réels.
Ils proposent des architectures intérieures, des seuils visuels où la perception se transforme.
Le regard n’est plus face à une image, mais engagé dans une traversée.
Plus on avance, plus les repères se dissolvent, jusqu’à atteindre une zone limite, proche du vide.
